Film - Repas de famille

 

Un repas automnal  

 

Réalisateur : Pierre Henry Salfati 

 

Billet de Vincent Chenille.  

 

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Retour aux Archives d’avril 2015

Il s’agit d’un repas automnal dans le midi de la France. On y boit le pastis et le rosé, mais là s’arrête à peu près l’aspect méridional des denrées, car on y mange du foie gras et du gigot. Il y a bien du mouton dans les Alpilles, mais cela n’a rien de typique de la région.

En revanche, tous les aliments, les plats, sont rattachés à un personnage, Pozzo. Il s’agit bien d’un repas où tout le monde mange et boit, mais ce personnage de maire de droite est le dénominateur commun des aliments. Le poisson tout d’abord, car il prépare sa campagne électorale et a besoin d’un défilé de majorettes. Or la chef de file des majorettes, c’est la poissonnière. Le pastis, le rosé, c’est lui. Il a fait installer un distributeur automatique de chaque boisson dans sa propriété. Sa belle-sœur l’utilise malencontreusement pour son médicament, croyant y mettre de l’eau. De même qu’il a fait installer un four à programmation vocale, dans lequel cuit le gigot à la broche. Un four qui programme la cuisson du morceau dans vingt ans, avant qu’un technicien ne vienne réparer la carte- mère. Mais l’heure du repas est franchement décalée malgré tout.

Le film ne se cantonne pas à montrer les soucis domestiques nés de la modernisation technologique. Il montre comment les nouvelles technologies peuvent perturber les rapports, les communications, que ce soit à la cuisine ou ailleurs. Pozzo sera démasqué par un message compromettant sur Facebook. D’autres situations, où la question technologique ne se pose pas, viennent perturber la sociabilité du repas. Ainsi Pozzo prend-il un malin plaisir à faire manger du foie gras à son beau-frère et sa belle-sœur, sachant qu’ils sont écologistes. Pervers, il leur rappelle en mangeant que le foie gras d’oie est une sorte de cirrhose : « c’est étonnant comme c’est bon ». Perturbation par la technologie, perturbation par la politique, perturbation par la vie conjugale. C’est le couple de gauche qui est en crise, mais c’est Pozzo qui trompe sa femme avec… la fromagère.


Repas de famille fait partie des films à règlements de compte familiaux, comme Festen (1998) de Thomas Vinterberg ou Week end en Famille (1995) de Jodie Foster. Mais nous ne sommes pas dans le mélodrame ni dans la tragédie. Nous sommes dans la comédie. Du point de vue alimentaire, il est pourtant plus détaillé que ses prédécesseurs. Il y montre plus franchement les aliments, particulièrement le gigot et le fromage, qui ont droit à plusieurs gros plans. La gastronomie y a davantage d’importance, mais elle n’y est pas nécessairement bénéfique, puisqu’elle est source de divisions. C’est Pozzo qui est à l’origine de ces fâcheries et c’est lui qui est le point d’attache des aliments. Ce n’est pas innocent : il est le véhicule de l’identité nationale. Parce qu’il est le maire, qu’il a installé La Marseillaise comme sonnerie de portable et qu’il fait un doigt d’honneur aux gens du voyage. Le poisson, le pastis, le foie gras, le gigot, le rosé contribuent à son identité nationale, sauf… le fromage. Car il s’agit d’un parmesan. Le fromage rappelle que, malgré son chauvinisme, Pozzo est d’origine italienne.

L’identité nationale disparaîtra lorsque, confondu par ses trahisons, Pozzo sera contraint de partager le gigot avec les gens du voyage. Le gigot présente l’avantage d’être un morceau parfaitement identifiable avec lequel il est possible de faire des parts égales (ce qui n’est pas possible avec la volaille) et qui convient à toutes les confessions. Repas de famille n’est donc pas aussi radical que Gemma Bovery, le film d’Anne Fontaine, pour qui la culture et, en particulier la gastronomie, devenait mortelle. Mais elle est incontestablement source de problèmes dans Repas de famille, sauvée in extremis par le gigot.